Les vies blog & music de Jérôme d’Aviau [2/2]
Après avoir évoqué avec Jérôme de son dernier livre, il convenait de faire un petit point sur ses nouvelles aventures en ligne dans le cadre de son dernier blog où des histoires plus musicales sont annoncées. Il nous a accordé un peu de son temps, histoire de parler de musique, blog dessiné et projets à venir sous sa signature.
Damian Leverd : Pour ceux qui ont suivi votre précédent blog la Tanière de Poipoipanda, s’y sont déroulés des évènements assez « violents » (fin de Jeroda et de la série Soulhunters, fin du blog lui-même). En vous les remémorant, quels éléments ont motivé ces changements importants ?
Jérôme d'Aviau : L'envie de ne pas tourner en rond. Ce qui me sauve en tant que fainéant, c'est que je déteste m'ennuyer. Je reste donc rarement au même endroit à faire la même chose. Si ça implique d'abandonner ce qui pourrait me retenir quelque part, je n'hésite pas.
Je reviens sur un thème déjà abordé, la variation des traits. A la réflexion, que vous ont apporté vos planches dédiées à votre précédent blog ? Réussir à exposer des variantes techniques dans votre dessin, toucher un lectorat, rencontrer d’autres dessinateurs/éditeurs… ?
Mon premier blog m'a permis de travailler mon dessin, de toucher un lectorat, de rencontrer d'autres dessinateurs et des éditeurs. Mais ça m'a surtout permis de comprendre une chose essentielle dans mon rapport au dessin : pour prendre du plaisir à dessiner, je ne dois pas essayer de bien dessiner. Je ne suis pas sensible au travail qu'on peut sentir dans une planche, à la virtuosité d'un dessinateur. Pour moi seul compte le plaisir qu'on a à suivre une histoire, à ressentir des émotions, à plonger avec les personnages. J'aime le dessin en tant que tel, je suis admiratif du talent de certaines personnes, mais je considère que le dessin dans une bande dessinée n'est qu'un support, pas une finalité.
Du coup, varier les techniques m'aide à essayer de m'améliorer en tant que support à une histoire. Le reste ne compte pas quand je dessine, je fais des livres pour moi en premier. Si les gens les achètent, mon éditeur est content, s’ils les lisent, tant mieux, mais globalement je n'en fais qu'à ma tête, l'avis des autres en général ne change pas grand chose.

J’évoquais dans une précédente question le lien entre musique et dessin sur Alphonse Tabouret. Du coup, je ne peux que laisser la parole au Président du prochain festival d’Angoulême : « J’ai une certitude : le rock et la BD, c’est la même chose, et ce n’est pas qu’une simple question de générations ». Et hop, transition sur le titre de votre blog actuel : pourquoi y mettre « I love music » en bannière ?
Je ne sais pas si le rock et la BD sont la même chose, je connais plein de livres rangés sous la bannière BD que j'aurais énormément de mal à qualifier de "rock" (qu'ils soient très bons ou très mauvais). Mais je sais que la musique tient une grande place dans ma vie. Quand j'ai relancé mon blog, je me suis posé comme contrainte de parler de musique au travers du dessin. Et c'est un peu un échec pour le moment ! Mais je pense toujours que ce n'est pas une mauvaise idée, je vais essayer de continuer de creuser.

Désormais, que voulez-vous faire dans votre blog, si l’on le compare à celui que vous avez précédemment tenu ?
Continuer à essayer des choses, et surtout sans que ça m'ennuie ou que je me sente un peu obligé.
On a pu voir de nouvelles choses sur votre blog, notamment des travaux préparatoires, comme ceux d’Alphonse Tabouret. Est-ce une nouvelle orientation pour votre site ?
Sur mon précédent blog, je faisais plus de notes en rapport avec la vie quotidienne. Et puis cela m’a moins intéressé, et de plus d’autres dessinateurs bloggeurs le font bien mieux que moi. Le sujet de mon blog actuel, parler de musique, est toujours d’actualité, c’est ce que je veux faire, mais pour l’instant, c’est compliqué vu mon emploi du temps.
Pour ce qui est des travaux préparatoires d’Alphonse Tabouret, c’est un peu un cas à part. J’ai eu beaucoup de retours positifs sur cet album, et cela m’a vraiment poussé à les diffuser sur le blog. Et voir les recherches faites sur un album est toujours quelque chose qui me plait chez les autres dessinateurs. Même si la démarche n’est pas tout à fait la même que celle d’exposer sur un site internet, très en amont, ses travaux et inspirations sur un album.
Un peu comme David Prud'homme, qui a créé un blog dédié à ses travaux sur son album Rebetiko ?
Oui, par exemple. Même si la découverte de son travail n’est pas la même en ce qui me concerne : il est à 3 mètres de moi dans notre atelier !
Pour avoir un petit peu suivi vos écrits, j’ai vu chez vous du rock, de l’électro (votre groupe F*** ON), des reprises ukulélé (par exemple)... Quel lien faites-vous entre votre travail de dessinateur et la musique (on en avait fait le thème d’interview avec la sympathique Pénélope Bagieu là, là et là) ?
Le seul lien que je vois est le plaisir. Le plaisir de lire de bonnes histoires, d'écouter de bons morceaux, de dessiner, de jouer, de sentir le regard des gens qui suit un dessin en dédicace ou l'ambiance qui monte quand je joue en live, et enfin d'entendre dire que ça a donné du plaisir. Je fais du dessin et de la musique pour ces moments.
Et dans vos rapports avec d’autres dessinateurs ou scénaristes BD, y-a-t-il des affinités qui se créent grâce à la musique ? Je pense par exemple à d’actuels ou anciens membres de votre atelier ?
Ça ne créée pas d'affinités, mais ça les renforce ! Je me suis vite rendu compte que beaucoup de dessinateurs faisaient aussi de la musique, et du coup ça permet quand on se rencontre en festival de ne pas passer la soirée à causer boutique entre nous. Pour ce qui est des gens qui sont passés par l'atelier où je suis, il y a eu Emmanuel Moynot qui joue du blues, Cromwell et Witko qui sont plus punk-garage, les frères Marco dans le rock, David Prud'homme qui a sorti son fabuleux livre sur le rebetiko, Christophe Dabitch sur le flamenco, et Nicolas Dumontheuil qui m'a fait découvrir LCD Soundsytem et qui a un projet sur la musique lui aussi ! Peut-être que la musique et une certaine BD c'est la même chose.
Et les dédicaces, notamment celles d’Alphonse Tabouret, vous les percevez comme une performance musicale ? (NDLR : En tout cas, ça jouait délicieusement du ukulélé au Festiblog par chez Sibylline et la marraine Capucine !).
Les dédicaces sont des performances, oui, et avec Sibylline et Capucine, ça devient souvent assez vite musical ! Et puis quand on se met à chanter et jouer tout en dédicaçant, ça attire du public, on aime ça.
Vous évoquiez il y a quelques temps un projet avec Hervé Bourhis : forcément une BD sur le thème de la musique ?
Malheureusement ce projet a été abandonné, et il n'avait rien à voir avec la musique. Mais qui sait, peut-être une autre fois ?

On peut attendre des nouveaux albums de vous avec Loïc Dauvillier, qui était derrière « Inès », « Ce qui reste » et « Nous n’irons plus au Canal St Martin » ? Il y a un projet « Théo » si ma mémoire est bonne, que devient-il ? Y-en-a-t-il d’autres en vue ?
Ce projet aussi a été malheureusement abandonné. On n’a pas de projet ensemble avec Loïc pour le moment.
Et y-a-t-il quelques projets en cours dont vous pourriez nous parler ?
Actuellement, je travaille sur le Tome 4 d’Ange. Le synopsis est bouclé et je commence les premières planches. Pour 2011, Tébo m’écrit un scénario pour une bande dessiné, un polar fantastique ultraviolent. Sibylline et moi avons deux projets en cours qui sont en bonne voie. Pour le reste, j’ai des envies, des discussions avec des dessinateurs et scénaristes que j’apprécie… c’est un peu tôt pour en parler.
Je laisse justement les derniers mots de cette interview à la scénariste d’Alphonse Tabouret, Sibylline, qui a une petite interrogation à votre endroit : « Notre prochain album, c’est quand ? ».
Quand vous voulez, ma chère.
Propos recueillis par Damian Leverd.
