INTERVIEW : Le World Wild We(b)st de Nicolas Delestret
C’est cette fois de son sympathique blog, de ses lectures en ligne et de ses projets que Nicolas Delestret nous parle, en remontant bien plus loin que le grand Far West (imaginez qu’on a évoqué l’Amiga 500).
Damian Leverd : J’ai vu sur ton blog notamment des – belles - références à Don Bluth et son Dragon’s Lair (aussi beau que dénué de gameplay). Du coup, j’ai une petite question gamer à te poser : quelles sont les jeux vidéos qui t’ont marqué, en particulier graphiquement ?
Nicolas Delestret : Je suis un vieux joueur. Le premier jeu à m'avoir marqué visuellement est bien Dragon's Lair que je découvrais en borne d’arcade dans un Luna Park d'Ostende. Incroyable ! J'ai eu la chance alors (je devais avoir 6 ou 7 ans) de voir un joueur arriver au bout du jeu devant mes yeux ébahis. Depuis j'adore toujours les vieux dessins animés de Don Bluth comme Fievel ou surtout Brisby.
Le second jeu à m'avoir marqué visuellement est « Shadow of the Beast » sur Amiga 500. De multiples scrollings parallaxes, un nombre incroyable de couleurs et cette musique. Incroyable pour l'époque. C'était un véritable défi technique, ce jeu.

Comment en es-tu venu à ouvrir un blog personnel il y a maintenant quelques années ? Quelles fonctions lui attribues-tu ? Est-ce important pour toi d’exposer ton travail, éventuellement avant sa publication papier ? De même, vois-tu ton blog comme un espace où faire des expérimentations ?
J'ai ouvert un blog suite à plusieurs dédicaces ou les gens nous demandent régulièrement ou nous en sommes, veulent avoir des infos sur le prochain album ou nos projets à venir. Le blog était le bon moyen pour donner ces informations aux gens. Ça me permet aussi de faire découvrir mon boulot à des gens qui ne le connaissent pas.
Depuis quelques temps, j'en profite pour montrer des choses qui ne seront jamais publiées, des croquis ou des expérimentations. D'ailleurs, parfois, c'est le blog qui me pousse à me dire « tiens si je faisais un petit truc pour m'amuser aujourd'hui, rien que pour le blog ! ». Ça me donne l'occasion de partager des dessins juste par plaisir.
Peux-tu nous offrir une petite visite guidée des liens sur ton blog, en nous présentant les différentes personnes auxquelles ils renvoient ? Et de façon plus générale, quels sites internet visites-tu quand tu en as le temps ?
Alors les liens... Bon je vais d'abord parler du Local 27, qui est l'atelier dans lequel Vanyda, François Duprat, Virginie Vidal, Rodéric Valambois et moi-même travaillons (ou avons travaillé). Donc les liens du Local 27 présentent soit des billets d'humeur (généralement de François ou Virginie) soit nous permettent de présenter les travaux que nous avons réalisés en commun.
Après il y a quelques blogs d'amis qui m'ont accompagnés lors de mes premiers pas en bd : Manù qui est l'ancien président de l'Adbd, une association qui a pour but d'accompagner de jeunes auteurs amateurs en organisant divers projets (fanzine, bd expo). Sur son blog on peut y voir ses propres projets et aussi de nombreuses aquarelles. Jonat, Yigael, des amis qui ont aussi fait leurs études aux Beaux-arts de Tournai comme moi, tous deux dessinateurs professionnels.
Ensuite viennent les liens vers des blogs que j'aime aller voir : Sean Gallowey, Fabien M, Nicolas Nemiri, tous les trois sont de très très bons dessinateurs.
Et enfin les blogs musicaux : Dlgz (sans doute le meilleur groupe de rock lillois), Gus boro (Le groupe de François Duprat) et Mortician Moles (Le groupe dont je fais partie en tant que chanteur et clarinettiste (occasionnel la clarinette)).
Les sites que j’affectionne sont : Yellow-sub.net (Site sur les Beatles j'aime parcourir son forum), Bdgest (J'aime aussi parcourir le forum de ce site spécial bd), Deezer ou musicme pour combler mon besoin journalier de musique, et encore quelques blogs que je n'ai pas encore mis en lien : le blog de Denis Bodart ou celui de Nancy Peña par exemple.

Extrait du blog de Local 27 (Dessin de Virginie Vidal)
Depuis ta sortie des Beaux-arts de Tournai où tu as suivi tes études, comment t’es-tu adapté aux évolutions du numérique ?
Je me suis formé seul. Aux Beaux-arts, le numérique était encore très rare et le temps de calcul vraiment très long. Après une première tentative décevante de mise en couleur à la main, je me suis tournée vers l'ordinateur. Les possibilités sont infinies, j'aime bien ça. En plus l'impression est souvent plus proche de l'original en travaillant en numérique.
Avoir son blog t’a-t-il permis de rencontrer d’autres intervenants du monde de la BD, auteur, lecteur, éditeur ? Y-a-t-il en particulier sur Lille des liens qui se créent entre auteurs BD grâce au web et des initiatives qui y sont promues ?
Et bien pas vraiment, en tout cas pour ma part.
La BD numérique, est-ce quelque chose auquel tu réfléchis, en termes de narration, de découpage ? Et quand on voit que le 1er volume d’Andrew Barrymore est une réussite sur la forme, avec une fort belle couverture variant les textures, et un papier old school collant bien à son sujet, est-ce imaginable pour toi que le papier soit un jour totalement supplanté par le numérique ?
La bd numérique apportera son lot de nouveautés au niveau des cadrages, de la circulation du regard dans la case, voir même on pourra faire des bd en relief. La musique pourra aussi faire son apparition pour accompagner la lecture. D'un point de vue créatif, ça peut être intéressant.
De toute façon une bonne histoire reste une bonne histoire quel que soit son support. Je ne sais pas si le support papier va disparaitre, je ne l'espère pas mais je n'ai pas vraiment de peur face au support numérique. Les écrans vont continuer de s'améliorer et le confort visuel aussi.
On peut imaginer des écrans réalisés en fibres microscopiques pour améliorer le touché (j'ai vu quelques avancées technologiques en rapport avec le tissu, au Japon, qui laisse à penser ce genre de choses possibles). C'est aussi un gain de stockage, et moins de papier utilisé (gâché?).
Et quels sont tes projets pour les prochains mois, au dessin comme au scénario ? Il y a plusieurs mois, tu présentais cela.
Ce projet est toujours d'actualité mais remanié graphiquement. C'est une sorte de huis clos dans une résidence. Avec une galerie de personnages étranges, très carrollien ou kafkaïen, si on peut dire.
Je vais passer une partie des mois à venir à finaliser 5 scénarios qui traînent depuis trop longtemps. Je serai pour au moins l'un d'entre eux scénariste et dessinateur (enfin si ça se signe ^^).
Jibé, taulier du site Petiformat.fr, me donne à l’occasion son carnet de chèques pour accorder des fonds suprasaoudiens à nos interviewés. Si le temps et le budget t’étaient offerts, dans quel très grand projet BD ou illustration te lancerais-tu ?
Celui que l'on évoque au-dessus !
On voit sur ton blog que tu es assez client de bonne musique. Figure-toi que j'ai trouvé la trace d'un Andrew Barrymore, visiblement auteur de la bande-son d'un grand film trop méconnu. Y-a-t-il des musiques que tu associes à vos travaux ?
Oui, forcément, j’écoute de la musique continuellement en travaillant. J'adore travailler avec du Chopin dans les oreilles (les nocturnes par exemple). Du rock avec les Beatles, King Crimson, Gong, Mr Bungle, etc...
J'aime bien aussi du hip hop genre the Roots ou Flobots. La musique traditionnelle a aussi mes faveurs, malienne ou d'Asie... Bref j'aime la musique en général et c'est du coup très difficile d'associer un morceau ou un compositeur à un album de bd.
Pour finir, merci beaucoup Nicolas, d’une part pour cet entretien, et aussi pour introduire enfin une figure d’enquêteur roux et sympathique. Y-a-t-il un espoir pour que votre Andrew Barrymore prenne la place dans l’imaginaire collectif (et nous débarrasse) de ce policier rubigineux et scientifique si agaçant qu’est Horatio Caine/David Caruso ?
(Rires) Espérons-le !
Propos recueillis par Damian Leverd.
