INTERVIEW : « B Side » of Miss Bagieu, Interview avec Pénélope [1/3]
Voilà quelques semaines que je réfléchissais à interviewer Pénélope Bagieu, fort occupée avec le succès de son dernier livre « Cadavre exquis », sorti chez Bayou/Gallimard, et ses différents work in progress à droite & à gauche. L’immense Jibé, taulier du présent lieu, m’ayant averti de la nécessité de travailler sérieusement mes articles, sous peine de strangulation, je me suis retrouvé fort logiquement devant Télématin (la référence dudit Jibé, du coup) à guetter Olivia de Lamberterie, délicieuse chroniqueuse de ce fabuleux show des aurores, qui y donnait son analyse à l’heure du lever du soleil sur le dit Cadavre de Pénélope.
Si Olivia fit court sur ce bel album, quelques petits hasards qui n’en étaient pas m’ont frappé dans cette émission. L’autre livre chroniqué était en effet le dernier Hornby, « Juliet naked », chez 10/18, qui raconte également l’histoire d’un auteur prétendument disparu (un dénommé Tucker Crowe, chanteur de son état) mais finalement moins que la presse le dit. Pas si loin que ça du Thomas Rocher, l’un des personnages de « Cadavre exquis ». Autant chez Hornby c’est une fois de plus une affaire de passion musicale, autant chez Pénélope on s’immerge avec son Cadavre dans le monde des livres, des librairies et de l’édition germanopratine. Mais je pressentais curieusement le lien à faire. Relisez les planches de Pénélope sur son site, tout y est enivré par de (bonnes) références musicales.
D’où la présente interview, où j’ai essayé de creuser ce sillon musical, avec ici pour commencer quelques révélations et scoops primordiaux sur l’association entre musique et dessin la caractérisant, entre morceaux de classique dans les dessins animés de son enfance et gestion acoustique de son atelier, d’où elle sort ses posts de blogs survitaminés à une soundtrack qui ne déplairait pas à l’auteur de « High Fidelity ».

Les gammes musico-dessinées de Pénélope
Damian Leverd : Pénélope, bonjour. Ma première question touche directement l’enfance. Quels sont d’une part tes premiers souvenirs de bande-dessinée et d’animation ? Et quels sont ceux concernant la musique ? As-tu des réminiscences marquantes liant dessin et musique ?
Pénélope Bagieu : Je n'ai pas trop de souvenirs bande-dessinée à part les Dingodossiers et la Rubrique-à-brac parce que je ne lisais pas du tout de BD. En revanche, je passais ma vie devant des Tex Avery, et quand je dis ma vie, ce n'est pas une image. On m'a posée devant quand j'avais 5 ans, je pense, et j'ai usé mes VHS jusqu'à ce que la bande casse, quand j'avais 13 ou 14 ans. Plus tard je me suis acheté l'intégrale en DVD quand c'est sorti. Aujourd'hui, j'entends la musique de générique de début de n'importe quel dessin animé de Tex Avery et je peux te dire lequel c'est (ça ne me sert pas beaucoup, au quotidien, comme super pouvoir).
Et concernant la musique, il y en a toujours eu chez moi. Mon père me mettait Hey Joe pour m'endormir quand j'étais bébé, et j'ai manifesté l'envie de jouer d'un instrument vers 5 ans, par là. J'ai commencé par le piano, beaucoup de solfège, puis de la flûte traversière, de la chorale, de la guitare et enfin de la batterie.
Mon premier souvenir marquant en musique, je dirais que c'est mon premier concert : Brian May solo au Rex avec mon père et ma sœur, quand j'avais peut-être 10 ans.
Et as-tu quelques souvenirs de presse jeunesse, ou d’illustrations pour des livres jeunesses qui te soient restés ?
Oui, mon livre illustré préféré devant l'éternel : Eloïse !
De façon plus générale, d’où te vient ta culture musicale ? Plutôt classique ou rock ?
J'ai eu une formation classique parce que j'ai passé un peu plus de 10 ans dans un conservatoire, et que c'était ce à quoi je me destinais quand j'étais petite (bon, surtout poussée par mes parents hein, moi idéalement je voulais être fleuriste). Mais j'écoute du rock depuis que je sais mettre un CD dans une platine, environ !

Je relisais une interview où tu te rappelais de tes cours de piano, fort utiles pour faire des reprises échevelées des musiques de Mario. Et dans cette culture musicale, les bandes-sons associées à des dessins animés ou des films ont-elles leur place ?
Pour bosser, mettre une BO c'est très bien ! On travaille très bien en écoutant du Danny Elfman, par exemple, c'est un classique de la bande-son de bureau !
Tu évoques un goût prononcé pour Metallica sur ton blog, depuis ton adolescence. Quels groupes de rock ont marqué cette période ? Te lançais-tu alors dans des créations artistiques avec des musiques en fond particulières ?
Alors quand j'étais ado, je ne dessinais quasiment pas, donc pas trop. En écoutant du Metallica à 14 ans, je faisais plutôt des solos de air guitare debout sur mon lit. Mais c'est une forme de création artistique, d'une certaine manière, j'imagine !
Y a-t-il un clip musical qui t’ait durablement imprimé la rétine ?
J'aime tous les clips de Queen, je les ai teeeeeeellement regardés avec ma sœur ! (encore des VHS qui ont fini par se suicider).
Pour les gens qui n’auraient jamais lu une interview de toi, tu as fait tes classes notamment en section animation à l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs (ENSAD) de Paris. Pour ce que j’ai pu apprendre, tu avais travaillé avec minutie sur ton court-métrage de fin d’études les voix, la musique… L’aspect sonore avait un aspect primordial pour toi ?
Eh bien je comptais beaucoup sur la musique et l'acteur principal pour sauver les meubles, oui ! A l'époque (et encore maintenant, hein !) j'aimais beaucoup Les Joyeux Urbains, aussi bien pour les paroles que pour les musiques à base de guitare manouche et de piano toujours très bien trouvé. Du coup j'ai tenté le tout pour le tout, et je leur ai envoyé un mail pour savoir s'ils voudraient faire la bande son. Je crois que j'avais dit dans mon mail que ça leur rapporterait autant de points de karma que de venir jouer à l'hôpital pour une petite enfant atteinte d'une maladie incurable le soir de Noël. En tout cas Arnaud Joyet (NDLR : leader de ce groupe) m'a répondu oui, et il a bossé tout le long de l'année pour créer des musiques qui accompagnent les différents moments du court-métrage. Et comme prévu, c'est ce qu'il y a de mieux dans le film ! Je peux encore l'écouter maintenant et j'adore toujours autant.
Tu participes aux soirées We Are 90’s. A ce propos, j’ai une question d’une personne qui a mixé pour toi, Tamara Demicheli, à propos justement de tes activités dans le mix : d’où est venue ton idée de DJ Brenda ? Il fallait revenir sur la période dance obligatoire pour ceux qui ont connu les 90's ?
Oh, Tamara ! Qui JUSTEMENT a fait cette bande-son merveilleuse, et gratos ! Que de souvenirs ! Bon eh bien il n'y a rien de spécial à comprendre, tous les DJ de la We Are ont un nom emblématique des années 90 : Parker, Sonic, et moi je suis Brenda, parce que je voue un respect éternel à Beverly Hills.

Le blog, live quotidien
Si j’ai bien suivi, ton arrivée sur la blogosphère visait à développer tes histoires rien qu’à toi, écrites en fin de journée, après avoir bataillé pour tes clients versatiles dans la publicité. N’est-ce pas un peu du Wayne Campbell dans le garage de ses parents avec sa petite musique/télé pour ses amis, en somme ?
J'espère que ça finira mieux pour moi, et que je ne croiserai aucun Benjamin sur ma route. Benjamin n'est l'ami de personne. Si Benjamin était un médicament, ce serait un suppositoire ( NDLR : en VO)...
Es-tu satisfaite du rythme du blog, vu le temps que tu peux et veux y consacrer ? Et ton approche a-t-elle été modifiée après le succès de son adaptation BD ?
Ah ben comme tous les gens qui tiennent un blog, j'aimerais avoir le temps de poster plus ! Mais, oui, le rapport a changé : maintenant je me mets à avoir envie de poster dès que je suis complètement débordée de boulot et que donc je ne suis pas du tout censée faire des notes de blog. En général, c'est un très bon indice de mon degré de débordement : trois posts par semaine, ça veut dire que je suis censée rendre une BD et que j'ai un mois et demi de retard. C'est toujours à ce moment là que je me mets à faire frénétiquement des notes de blog. Quand je ne poste plus, c'est qu'il fait beau et qu'on m'invite à trop d'apéros.
Je relisais de précédentes interviews, où tu disais t’être fixée un temps de 15 mn pour un dessin maximum. Est-ce toujours ton format ?
Ah, il faut, oui. Sinon je culpabilise de ne pas être en train de bosser.

Le dessin sur le blog t’a-t-il permis de mieux dessiner ? Et y-a-t-il des choses que tu te refuses à dessiner, parce qu’elles te semblent trop complexes ou pas à ton goût ?
Eh bien j'imagine que c'est un tout, le blog, le boulot d'illustration, les BD... mais tout l'ensemble permet évidemment de dessiner un peu mieux tout le temps. Mes notes de blog d'il y a un an me font horreur, de même que mes vieux dessins en général. C'est très positif, de toujours trouver moche, ou au moins très perfectible, ce qu'on faisait il y a quelques temps. Peut-être qu'au bout d'un moment, on arrive à un niveau de maîtrise qui fait que le trait n'évolue plus, je ne sais pas. En tout cas, je n'en suis pas là, et, clairement, la meilleure école, c'est de dessiner tous les jours, que ce soit pour raconter mes déboires capillaires sur mon blog ou pour inciter les jeunes filles à prendre leur pilule sur le site de l'INPES. Même combat.
Et globalement non, il n'y a rien que je ne VEUILLE pas dessiner. Après, ça me ferait quand même bien chier de dessiner sur mon blog la même chose que ce qu'on me demande en pub, par exemple. Donc je ne risque pas de faire de notes à base de jeune maman débordée qui aime le shopping et qui est gourmande et qui a un gosse qui s'appelle Tom ou un truc comme ça, c'est clair.
Mais y-a-t-il un sujet que tu voudrais dessiner, mais sur lequel tu ne te lances pas (la Chapelle Sixtine, une galerie du Louvre, un Roger Unter géant dévastant l’Opéra Bastille, etc..) ?
Non, vraiment, je ne vois pas.
Je ne vois pas de musique sur ton blog, quand d’autres n’hésitent pas à mettre leur playlist en ligne. Quels morceaux verrais-tu à l’occasion accompagner les aventures de Pénélope sur le blog ? Plutôt jazz à la Woody Allen ou rock à la Arcade Fire (avec un Wake up de rigueur sur certains posts tournant autour de la fatigue) ? Cela t’arrive-t-il de relire tes posts quelques mois plus tard et d’y associer une ambiance musicale dans laquelle tu baignais alors ?
A une époque, je mettais des petits players d'export de deezer, mais après ça s'est mis à ne plus marcher. Kek m'a proposé de me faire un petit module de radio pour mettre ma playlist, mais il faut créer un dossier sur mon serveur et j'ai la flemme. Enfin que des bonnes raisons, quoi.
Mais sinon, j'aime bien le principe du blog d'Aki, par exemple, qui précise toujours la bande-son qui a accompagné le making of de sa note. C'est surtout qu'en fait, j'essaie de ne pas tout le temps bassiner tout le monde avec les trucs que j'écoute, parce que c'est vraiment le sujet qui me rend nerd, la musique. C'est ma passion, alors comme tous les gens un peu monomaniaques, je pourrais faire des posts de blog pour parler d'un solo de batterie ou d'une anecdote d'un groupe, ou faire des live reports à la chaîne pendant un mois. C'est une vanne qu'il vaut mieux ne pas trop ouvrir avec moi, sinon tout le monde a envie d'aller se pendre.
Comment le travail en atelier, que tu pratiques maintenant depuis un certain temps, influe-t-il sur ton activité ? Quels souvenirs gardes-tu de ton travail dans ton studio ?
Je n'ai pas de point de vue tranché là-dessus, parce que j'aimais bien aussi travailler de chez moi. On travaille beaucoup plus efficacement de la maison, c'est sûr. Par exemple, au bureau, quand l'un de nous a besoin de VRAIMENT se concentrer, il rentre bosser chez lui. Par exemple, j'ai bouclé « Cadavre exquis » en passant un mois enfermée dans mon salon, sur un petit bureau de fortune avec mon portable et ma wacom, parce que impossible d'avancer assez vite depuis le bureau. Le vrai plus, c'est surtout de différencier son lieu de vie et son lieu de travail. Je ne pourrais plus commencer ma journée en travaillant en pyjama à 11h avec mon bol de choco pops, j'ai besoin de m'habiller, sortir de chez moi, marcher 10 minutes dans la rue pour aller travailler, et en revenir le soir. Et puis je ne voudrais plus avoir de beaux dossiers "compta" dans mon salon, ce ne serait plus possible.
D’un point de vue musique, est-ce chacun son casque en atelier, ou chacun sa chanson et chacun son tour sur les haut-parleurs ? A ce propos, y a-t-il une musique à proscrire en fond sonore pour bosser, que tu refuses ou au contraire que tu aurais tendance à imposer à tes collègues horrifiés ?
Non, en général, on arrive à peu près à se mettre d'accord, on écoute tous la même chose. Mais souvent plutôt des trucs cons, qui nous font rigoler. Parfois quand on n’est pas trop nombreux, on se fait des marathons Guns n'roses ou AC/DC. Et puis il y a les musiques que je n'écoute que quand je suis toute seule, c'est-à-dire le matin ou le soir, genre Them Crooked Vultures, que j'ai besoin d'écouter avec le volume au maximum, ce qui n'est pas très rigolo pour les gens qui, par exemple, sont fans d'Emilie Simon ou Cocorosie.

Propos recueillis par Damian Leverd. La suite de l'entretien paraitra mardi 17 août 2010 !
Them Crooked Vultures c'est la vie.
Je plussoie: TCV, c'est le bien.
C'est mignon, mais malgré l'explication dans l'intro, je vois pas l'intérêt de l'interview. C'est un peu de la branlette quoi ?
John Paul Jones, je ne comprends pas vraiment ta question : elle parle de ses inspirations, elle parle de son blog, elle parle de son travail. Ca me semble pas mal pertinent, comme interview d'une illustratrice / dessinatrice, non ?
En tout cas, c'est intéressant :) merci intervieweur, c'est du bon boulot ça!
elle est chouette cette interview, et j'dis ça sans être fan De Pénélope,c'est clair précis, intéressant sans devenir lourd et...
Et enfin un intervieweur qui arrive à placer Wayne Campbell dans une discussion sans que ce soit tiré par les cheveux :)
j'espère que d'autres interview sont prévue :)
Merci Griz ! Tu peux parcourir les anciennes interviews, qui sont au moins aussi bonnes ;)
le matin, dans la vie, il y a le café, un peu d'air doré passant par la fenêtre, s'étirer, et mater le dernier dessin de Penelope. Maintenant, c'est une notable, mais elle a beau détester ses dessins d'avant, j'ai une tendresse particulière pour la petite nana amoureuse de la tour Eiffel dans son 15m2, avec son chat violet (qui a disparu, au fait). L'époque deezer c'était super. Mais des fois j'avais la flemme de brancher le son de l'ordi. Big up à toutes les filles aux ongles peints qui avancent dans la vie en bondissant au son de TNT.
Pénélope je t'aime ! Voilà c'est dit ! Tu me fais rire et tu sais pile comment me redonner le sourire après une journée merdique. Tes dessins sont tellement réaliste et en même temps on voit qu'il sorte tout droit de ton imaginaire ! Bref que du bonheur continue comme ça, l'interview est super :)
ps: Sumiko à raison, où est passé ton chat ?
